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L'INFERNAL TRAIL DES VOSGES (164 km, 7300m de D+) : dantesque !

L'INFERNAL TRAIL DES VOSGES (164 km, 7300m de D+) : dantesque !

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Fin août, après ce que j'ai ressenti sur le moment comme un échec, une déconvenue – sinon une profonde déception et frustration de ne pas aller au bout de ce merveilleux périple pyrénéen, je me résous assez vite à m'inscrire sur l'ultra – vosgien qui se donne vendredi 11 septembre au départ de Saint – Nabord, comptant sur une guérison rapide de mes infernales ampoules aux talons. Un risque ? Oui, j'en suis consciente. Un pari ? Oui, il faut y croire …

 

Ainsi, vendredi 11, en début de soirée, je prends le départ pour Saint – Nabord, après une courte sieste pour se donner l'illusion de se reposer un peu après le travail.En réalité, une certaine tension nerveuse électrise tout mon être.Il faut se faire à l'idée de passer deux nuits blanches : une grande inconnue pour moi, une expérience inédite, peut – être l'enfer ?

 

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J'arrive assez tôt sur les lieux (c'est grandiose!), retire mon dossard, remets mes 3 sacs de change destinés aux trois bases de vie, mange encore un peu, me repose quelques temps dans la voiture, puis commence à me fondre dans la foule. Vérification minutieuse du sac, et me voilà propulsée dans le sas de départ. Je retrouve les deux filles qui étaient montées avec moi sur le podium de la Vallée des lacs en juin. Une seule sera finisher … Quant à la 4ème, je la revoie sur le 2ème ravito, déguisée en Vosgienne du terroir.

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La 5ème quant à elle était venue à bout du Grand Raid des Pyrénées. Je retrouve aussi Magali qui allait faire le 30 km le dimanche matin.

 

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Un somptueux et retentissant feu d'artifice ouvre le bal des coureurs. C'est de toute beauté ! La musique aussi est de choix. Une ambiance des plus magiques en cette veille imminente de course. Une organisation bien rodée, il faut en convenir. On m'avait prévenue.

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Compte à rebours : 10, 9, 8, 7 … Top!!le coeur bat à 200 à l'heure, il est précisément minuit, nous nous élançons (prudemment pour ma part, quoique mon chrono affiche quand même 12km/h) telles des lucioles un peu déchaînées dans la nuit vosgienne, et ce pour de longues heures … Rien à voir avec les Pyrénées : beaucoup de relances (alors que dans les Pyrénées on commençait par une montée de 11 km réalisée en 2H30), mais pas la fatigue due à l'altitude. Il faut donc s'économiser car c'est encore une autre gestion de l'effort et de la vitesse. Au 30ème km ainsi qu'au 60ème nous attendent deux terribles côtes, la deuxième étant ensablée et très pentue, un enfer … exténuant !

 

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J'ai pris soin de bander mon talon droit, le plus sensible (chair encore à vif quelques jours auparavant). Les sensations sont néanmoins excellentes, la nuit passe finalement très vite, malgré des averses mais rien de méchant. Quelques rayons de soleil font leur apparition dans la matinée de samedi. Mais, l'après – midi, la météo se gâte laissant place à de franches averses, s'atténuant dans la soirée.

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88ème km, 1ère base de vie : les bénévoles nous servent à manger à table, du jamais vu ! J'en profite pour refaire mes bandages, et j'engloutis assez vite une assiette de pâtes et deux bananes, ce qui me vaudra un petit malaise vagal et l'attroupement des secours autour de moi. Pas de quoi s'inquiéter, c'est normal après l'arrêt brutal de l'effort et le pic d'insuline consécutif à la reprise d'aliments sucrés. Je me relève vite et poursuis mon chemin dans la nuit, la deuxième, la plus difficile, forcément … 

 

102ème km : 2ème base de vie : je me change, mes vêtements et ma tête sont trempés ; j'enfile la veste gore – tex, change de chaussettes. Tout va bien ; j'envoie même des SMS à mes proches pour les rassurer. Mais la pluie aura fait du tort à mes pieds… Le scénario pyrénéen va malheureusement se reproduire sur le parcours vosgien. Je résiste malgré tout, mets la douleur de côté et relance sur les portions de plat. Un lacet de mes Salomon (décidément les Salomon ne me portent pas chance ces derniers temps) est sorti, je cours dessus, et c'est la chute, tel un capot se rabattant sur une voiture : même bruit ! Pas une égratignure n'est à déplorer, juste plein de terre et de gravillons dans la bouche et sur mes vêtements, et l'écran de mon portable fendu.

Je repars et atteins un petit ravito en plein air, mais abrité, et décide de faire une micro – sieste (environ 5 minutes) : le dévouement, la gentillesse et la bienveillance exemplaires des bénévoles sont encore à souligner. On s'occupe de me mettre les couvertures et de me réveiller.

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Je repars avec des douleurs croissantes aux deux talons. Après 24H de course, des accès de sommeil se font ressentir, me poussant à courir quelques secondes les yeux fermés sur des portions sans danger, et à observer des pauses : l'envie est parfois très forte de poser mon séant à même le sol mouillé et d'appuyer ma tête contre un tronc. Ca dure quelques minutes, mais cette méthode est efficace.

Le cliquetis des bâtons (que j'ai sortis au bout de 80 km de course) dans la nuit noire et silencieuse génère dans ma tête une musique obsédante, une espèce de rengaine lancinante qui me tape sur le système, ainsi que des scénarios flashs dans ma tête assez étranges … J'aperçois aussi soudainement au détour d'un chemin un bonhomme vêtu de vert se penchant en avant ; ce n'est qu'une fougère géante …

 

De plus en plus de monde me rattrape alors que j'étais bien classée (mais peu importe, je voulais juste être finisher). Bref, l'heure de vérité approche … Les derniers km sont un enfer, je m'en défends dans un premier temps. Je souffre beaucoup de douleurs dans l'avant des pieds étant donné que je cours exclusivement sur l'avant des pieds. A quoi bon terminer à deux à l'heure, me dis – je ? Où est le plaisir ? Quand bien même plaisir et douleur se conjuguent au même temps ? Se contenter de marcher ? Non, j'aime trop courir et me fais mal à l'idée de marcher.

 

128ème km, 3ème base de vie : le juge de paix … Je déclare forfait, remets mon dossard à l'organisation sans aucun regret, sans aucune larme, dossard qui portait le chiffre 13 comme dans les Pyrénées … et monte dans la voiture break Super U (hyper confortable, avec un chauffeur super sympa!) qui s'apprêtait justement à partir pour repêcher d'autres coureurs vaincus. Il me restait 35 km à parcourir. Je signe ma plus longue distance jamais réalisée. J'arrive à 5H à Saint – Nabord, prends une bonne douche, découvre mes talons méconnaissables, et dors deux heures non stop dans la voiture. Le froid et le bruit de la pluie me tireront de mon sommeil. J'ai l'impression de ne plus avoir mal aux pieds.

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J'assiste aux premières arrivées du 160, puis au départ du 30, puis de nouveau aux arrivées de l'ultra. A midi je me restaure, me repose encore un peu avant de reprendre le volant direction mes pénates où je m'assoupis sans tarder pour une longue nuit au sec et au chaud.

 

En tout cas, ce fut une belle aventure même si ce n'est pas mon type de profil. Ca vaut la peine rien que pour le départ à minuit, l'organisation sans faille, l'extrême gentillesse des bénévoles, la découverte de jolis coins. Il est vrai qu'au GRP (Grand Raid des Pyrénées) j'ai souffert davantage des pieds (et j'ai stoppé la course à mi-parcours), mais la magnificence vertigineuse et inouïe des décors m'a distraite et aidé à surmonter la souffrance – du moins momentanément.

 

D'aucuns ne peuvent comprendre (et ça je peux le comprendre) le plaisir qu'on peut éprouver à couvrir en courant (et en marchant) de telles distances, à mettre son organisme à rude épreuve, mais en amont il y a tout une préparation physique et mentale et surtout un désir irréfragable de se dépasser (et non de se défoncer, nuance …) ainsi qu'un amour et un respect de la Nature qui a presque quelque chose de mystique (la nuit surtout, le silence qu'on entend).

 

Zatopek disait : « Si tu veux courir, cours un kilomètre, si tu veux changer ta vie, cours un marathon. » En trail et en ultra trail, c'est un peu pareil …

 

Mes nouvelles baskets (La Sportiva) : du bleu qui succède au rouge des Salomon.

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26/09/2015
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