LES TEMPLIERS, Endurance trail (101 km, 4822m de D+), 24 octobre 2014 – Millau. « Aux confins de la raison »
LES TEMPLIERS, Endurance trail (101 km, 4822m de D+), 24 octobre 2014 – Millau. « Aux confins de la raison »
« La victoire ne consiste t – elle pas à être capable de mettre notre corps et notre esprit au bord de la limite pour découvrir que cette limite nous conduit à en découvrir de nouvelles ? »
Killian JORNET, Courir ou mourir, Journal d’un skyrunner (2011)
Loin de faire mienne cette sentence qui fait un peu frémir, je comptais au départ simplement le finir, ce premier « vrai » ultra trail. Il faut dire que les jours précédant l’épreuve ce n’était pas la grande forme, et plus le jour J approchait, plus ma sinusite sévissait et me faisait douter de l’issue favorable d’une telle épreuve dont je savais les difficultés réelles.
Malgré tout, je dispose d’une ressource inestimable qui m’appartient en propre : le MENTAL …
Saint - André de Vezines (vue de ma chambre)
Nous décidons l’avant-veille de faire une petite reconnaissance (15 km aller – retour dans le Causse noir) afin de se rassurer et de tester déjà partiellement le profil et la technicité du terrain qui nous attendait. Ce jour – là, le soleil brille de tous ses rayons, mais le vent souffle sur le plateau et la température est frisquette. Nous sommes déjà émerveillés alors que nous ne découvrons qu’une infime partie de l’itinéraire. C’est le dépaysement total pour moi qui n’ai jamais posé le pied en Aveyron. Les paysages sont stupéfiants de beauté, et à l’heure où j’aligne ces quelques mots les images traversent encore mon esprit par rafales tellement nous avons été « servis » en décors variés, tous rivalisant de splendeur.
Au loin le viaduc de Millau
J'ignore encore que ce banc est quasiment au point de départ de la dernière côte longue de 3 km dont 1 km à se hisser parmi les roches ...
Vers le 70ème km
Ca devient intéressant ...
Les sensations sont bonnes malgré les douleurs aux sinus et aux bronches quand je tousse.
Un peu de tourisme (villages typiques) et visite du salon du trail à Millau avant de préparer nos affaires la veille. La nuit sera courte mais le sommeil finalement est de qualité, car je veux aller au bout, et pour cela je me conditionne …
Nant, village de départ du trail des Hospitaliers qui part une semaine après les Templiers
Village fortifié (La Couvertoirade, magnifique !)
Le départ est fixé à 4 heures. Heureusement le vent est tombé mais la température affiche 6 petits degrés à Saint – André de Vezines, là où se trouve notre gîte. Etrangement je ne tousse plus, le nez ne coule plus, la « barre » a disparu et l’état de forme est jugé satisfaisant. Ce serait pas un peu dans la tête, tout ça ?
4H et 1 minute : nous nous élançons sur la musique des Templiers sur 4 km de bitume (le seul bémol de la course) avant de nous engouffrer et de nous fondre dans la nature pour de très nombreuses heures de pur plaisir (mais aussi de souffrances, l’un l’allant pas sans l’autre).
La première grande montée est rude, il fait encore nuit, nous constituons une longue et interminable guirlande tout illuminée de nos frontales. Il faut dire qu’au départ nous étions presque 1000 coureurs. Pierre – Arnaud, un de nos acolytes de course, affiche déjà des signes de faiblesse ; il a du mal à s’alimenter (problème de stress), il abandonnera au 66ème km.
Nous traversons aussi des villages typiques, tout de pierres, c’est magnifique, il y a même du monde pour nous encourager, les ravito sont de qualité et bien achalandés (pain aux fruits et aux graines, crêpes, soupe, barres, chocolat, fruits, fromage, charcuterie …).
Plus on avance, plus les paysages nous surprennent par leur magnificence. Les passages sur les corniches, balcons, terrasses, barres rocheuses, sont carrément enivrants, étourdissants, sensationnels. Les « cheminées de fée » nous donnent le vertige. La nuit étoilée laissait présager une journée radieuse. Elle l’est en effet. Mais le parcours est difficile, les montées comme les descentes sont très techniques, et propices aux blessures pour qui manque de savoir – faire et de souplesse. Je préfère honnêtement les montées (sauf la dernière …), que je gère mieux même si dans les descentes je n’ai pas peur de me laisser entraîner compte tenu de ma petite expérience, mais je sais que je pourrai faire mieux. Or, on peut toujours faire mieux.
Les photos parlent d’elles – mêmes, les vues sont imprenables, grandioses, les décors inédits et insolites pour moi …quel bonheur pour les yeux et les jambes, pour le corps et l’esprit. Pourtant ce n’est pas de la montagne, mais c’est aussi bien, aussi beau, aussi exigeant.
La nuit tombe vite, on remet en place les frontales - la fraîcheur aussi se fait subitement ressentir,
on affronte la dernière montée (vers la ferme du Cadé), une côte tuante d'un km environ (peut – être plus ?), je souffre vraiment (car avant c’était dans la tête, ou du moins c’est ce dont je me persuadais), mes jambes sont tétanisées, alourdies, mon souffle presque coupé, certaines portions me font perdre l'équilibre, mais je ne lâche rien car je ne suis pas seule à souffrir : on communie dans la douleur...moi en silence, d’autres en jurant … Je repars en petites foulées sur quelques mètres de plat (je ne pensais jamais pouvoir remettre un pied devant l'autre, c’est presque surnaturel). Quand est - ce qu'on parvient au sommet ? semble se demander tout le monde. Je ne vois pas la fin de ce calvaire …
Enfin on arrive au dernier ravito: une ferme (la ferme du Cadé) où nous sommes royalement accueillis (musique, flambée, mots d'encouragement des bénévoles). Il reste 6 km à parcourir, essentiellement de la descente, mais quelle descente !! la descente aux Enfers ! pas plus dure que les autres, mais les ressources physiques et mentales manquent de s'épuiser, mais non, ça ira, je fonce, je sors de moi, les forces augmentent, je sais que c'est la fin. Une chute sur le quadriceps (erreur fatale de ma part : je n’aurais pas dû poser le pied sur une pierre car le chemin est très humide, les pierres et escaliers en bois particulièrement glissants) m'arrachera un petit cri de douleur, mais ce n'est rien (la douleur est illusoire), je m'accroche aux arbustes pour ne pas dévier du bon chemin, - entre temps nous passons par la grotte du Hibou,
autre curiosité de la nature - et voilà que j’aperçois l'arche d'arrivée. Il est 20H23.
16H23 de course. J’ai mal à la jambe (hématome au quadriceps) mais je suis heureuse, comblée, presque euphorique… Parvenue au ravito d’arrivée je me fais servir du smoothie à la goyave par un charmant p’tit black (les bénévoles étaient tous hyper accueillants et chaleureux), et me rue presque instinctivement sur le roquefort et le brebis … mérités, je pense. C’est la première fois que mon estomac réclame tant à manger à l’issue d’un long. C’est bon signe.
Remise ensuite du trophée, bel objet (tout en peau de mouton et en céramique, et représentant deux cavaliers sur une même monture).
Pour les chiffres (mais là n’est pas l’essentiel) :
136ème sur 615 finishers
1ère senior sur 11 senior femmes
5ème femme sur 24 (43 femmes au départ)
Moyenne km/h : 6,11
Le lendemain on refait un tour au salon du trail et on assiste au départ d’autres courses.
On me demande déjà quel sera mon prochain défi. Je ne sais pas, pour l’instant je savoure, chaque chose en son temps … malgré tout, je refais régulièrement la course dans ma tête, ou du moins certaines portions, je me remémore les visages entrevus, le « look » et le type de foulées des uns et des autres, les bribes de paroles échangés avec d’autres coureurs, je n’oublierai jamais le regard effaré de la 2ème senior quand je suis passée devant elle alors qu’on gravissait un « mur », les décors changeants, les lumières de Millau le soir, le sourire des bénévoles, le silence aussi …et surtout cette sensation de suspension du temps si ce n’est la nuit tombante qui nous rappelle les heures écoulées.
A noter aussi la belle performance de Chantal, première V3 (et copine du père de ma copine Ninon, elle – même ultra traileuse) malgré un affaiblissement au cours de la course qui lui a valu des perfusions.
« L’important, ce n’est pas le résultat, c’est le chemin parcouru pour y parvenir. »
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